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IA et cancer de la peau : quelle fiabilité pour analyser les grains de beauté ?

Un excellent score sur une banque d’images ne signifie pas qu’une application pose des diagnostics fiables dans toutes les situations réelles.

Illustration éditoriale — IA et cancer de la peau
Illustration issue des archives du journal. Visuel d’évocation ; ne constitue ni une observation clinique ni une preuve de résultat.

L’essentiel

Des algorithmes d’intelligence artificielle classent des photos de lésions cutanées aussi bien que des dermatologues dans certaines études. Mais les applications grand public ont été évaluées dans de petites études de faible qualité, et les modèles sont moins performants sur les peaux foncées. L’IA peut aider au tri ; elle ne remplace pas l’examen d’une lésion qui change.

Ce que les algorithmes savent faire

En 2017, une équipe de Stanford a entraîné un réseau de neurones sur 129 450 images cliniques couvrant plus de 2 000 maladies. Testé sur des images confirmées par biopsie, il a obtenu des performances comparables à celles de 21 dermatologues pour distinguer d’une part les carcinomes des kératoses séborrhéiques bénignes, d’autre part les mélanomes des grains de beauté bénins[2].

Ce résultat a été très médiatisé. Il concernait pourtant une tâche précise : classer des images déjà sélectionnées et de bonne qualité, pas examiner une personne entière, recueillir ses antécédents ou suivre l’évolution d’une lésion.

Un modèle apprend à partir de données dont les phototypes, les appareils et les diagnostics influencent ses performances. Un jeu de test trop proche de l’entraînement peut surestimer la capacité de généralisation. La qualité de la photo prise par l’utilisateur ajoute une autre source de variation.

Applications pour smartphone : ce que dit l’évaluation indépendante

Une revue systématique publiée dans le BMJ en 2020 a analysé les études évaluant des applications de détection des cancers cutanés. Neuf études portant sur six applications ont été retenues : elles étaient petites et de faible qualité méthodologique, avec un recrutement sélectif, beaucoup d’images inexploitables et des photos souvent prises par des cliniciens plutôt que par les utilisateurs eux-mêmes[3].

Le risque le plus grave est le faux négatif : une application qui rassure à tort peut retarder le diagnostic d’un mélanome. À l’inverse, les fausses alertes génèrent de l’anxiété et des consultations inutiles.

Il faut distinguer sensibilité, spécificité et utilité clinique. Manquer une lésion importante et provoquer de fausses alertes n’ont pas les mêmes conséquences. Les validations indépendantes, l’équité entre populations et la gestion des données sont essentielles.

Le biais des peaux foncées

La plupart des modèles ont été entraînés sur des images de peaux claires. En 2022, des chercheurs ont constitué une base d’images vérifiées par biopsie représentant toutes les carnations : des modèles d’IA de pointe y perdaient nettement en performance, surtout sur les peaux foncées et les maladies rares, et les dermatologues eux-mêmes se trompaient davantage sur ces images. Réentraîner les modèles avec ces images réduisait l’écart[4].

L’Organisation mondiale de la santé insiste sur ces enjeux d’équité, de transparence et de gouvernance des données dans ses orientations sur l’intelligence artificielle en santé[1].

Utiliser une application avec discernement

Une application ne remplace pas l’examen d’une lésion qui change. Vérifier l’usage prévu, le statut réglementaire et la façon dont les images sont conservées. L’IA peut soutenir une prise en charge ; la présenter comme supérieure aux médecins en toute circonstance dépasse les preuves d’une comparaison ciblée.

  • Vérifier que l’application est un dispositif médical marqué CE, et lire son usage prévu.
  • Savoir où sont stockées les photos et qui peut y accéder.
  • Consulter un médecin pour toute lésion nouvelle, qui change de taille, de forme ou de couleur, qui saigne ou démange : la règle ABCDE (asymétrie, bords, couleur, diamètre, évolution) reste un bon repère.

Les objets de santé grand public posent des questions voisines, abordées dans notre dossier sur les montres connectées.

Questions fréquentes

Une application peut-elle détecter un mélanome ?

Certaines applications analysent des photos, mais leur fiabilité réelle a été évaluée dans des études petites et de faible qualité. Elles ne remplacent pas l’examen d’un médecin, surtout pour une lésion qui évolue.

L’IA est-elle meilleure que les dermatologues ?

Dans des études sur des images sélectionnées, certains algorithmes ont égalé des dermatologues pour des tâches précises. En pratique, l’examen complet, l’interrogatoire et le suivi restent indispensables ; l’IA est surtout un outil d’aide.

Pourquoi l’IA fonctionne-t-elle moins bien sur les peaux foncées ?

Parce que les modèles ont surtout été entraînés sur des photos de peaux claires. Des bases d’images plus diverses permettent de réduire cet écart.

Sources & pour aller plus loin

Publications scientifiques et ressources institutionnelles. Les limites et l’interprétation sont discutées dans le texte.

  1. OMS — Éthique et gouvernance de l’IA en santé ↗
  2. Esteva et al., 2017 — Classification des cancers cutanés par réseau de neurones (Nature) ↗
  3. Freeman et al., 2020 — Applications smartphone de dépistage des cancers cutanés (BMJ) ↗
  4. Daneshjou et al., 2022 — Performances de l’IA dermatologique selon la couleur de peau ↗

Références examinées pour cette mise à jour : 28 septembre 2026.

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