L’essentiel
Le régime méditerranéen est un modèle alimentaire riche en légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes, noix et huile d’olive, avec du poisson, peu de viande rouge et peu de produits sucrés. Issu des observations d’Ancel Keys dans l’étude des Sept Pays, il est associé à moins d’événements cardiovasculaires dans plusieurs essais, dont PREDIMED et CORDIOPREV.
Ancel Keys et l’étude des Sept Pays
Le physiologiste américain Ancel Keys (1904-2004), de l’université du Minnesota, a joué un rôle central dans l’histoire de ce modèle. À la fin des années 1950, il lance l’étude des Sept Pays, qui suit 16 cohortes d’hommes d’âge moyen dans huit nations de sept pays — États-Unis, Finlande, Pays-Bas, Italie, ex-Yougoslavie, Grèce et Japon —, soit 12 763 participants au total[2].
L’étude a mis en évidence des taux de maladie coronarienne très différents d’une population à l’autre : plus élevés en Amérique du Nord et en Europe du Nord, plus bas en Europe du Sud et au Japon. Ces écarts étaient fortement associés à la consommation de graisses saturées et au cholestérol sanguin moyen. Les cohortes méditerranéennes se distinguaient par une alimentation où les aliments végétaux et le poisson pesaient bien plus lourd que les produits animaux et le sucre ; c’est ce contraste qui a donné naissance à la notion de régime méditerranéen[2].
L’héritage de Keys reste discuté. Ses travaux sur les graisses saturées sont souvent critiqués en confondant l’étude des Sept Pays avec un graphique plus ancien, publié en 1953, qui ne comparait que six pays. Surtout, une comparaison entre populations ne suffit pas à prouver qu’un aliment cause ou prévient une maladie : c’est le rôle des essais. Le débat sur la place respective des graisses et du sucre est détaillé dans notre dossier sur le faux duel entre sucre et graisses.
Que montrent les essais cliniques ?
L’essai espagnol PREDIMED a réparti 7 447 personnes de 55 à 80 ans, à haut risque cardiovasculaire mais sans maladie déclarée, entre un régime méditerranéen enrichi en huile d’olive vierge extra, un régime méditerranéen enrichi en noix et un régime témoin fondé sur des conseils de réduction des graisses. Après un suivi médian de 4,8 ans, les événements cardiovasculaires majeurs (infarctus, AVC, décès cardiovasculaire) ont concerné 3,8 % et 3,4 % des participants des deux groupes méditerranéens, contre 4,4 % dans le groupe témoin[1].
L’essai PREDIMED, réanalysé en 2018 après des problèmes de randomisation, a étudié des événements cardiovasculaires chez des personnes à risque. Sa lecture doit intégrer cette histoire méthodologique. Il ne démontre pas un rajeunissement cutané ni un bénéfice identique pour chaque individu.
En prévention secondaire, l’essai CORDIOPREV a suivi pendant sept ans 1 002 patients coronariens à Cordoue. Le critère principal (infarctus, revascularisation, AVC ischémique, artériopathie périphérique ou décès cardiovasculaire) est survenu chez 87 participants du groupe méditerranéen contre 111 dans le groupe « pauvre en graisses »[3]. Comme dans toute étude nutritionnelle, les participants savaient quel régime ils suivaient.
Les piliers du régime méditerranéen
Ce modèle associe notamment aliments végétaux variés, légumineuses et certaines sources de matières grasses. Les habitudes diffèrent selon les régions et les personnes. Dans un essai, l’accompagnement et les substitutions font partie du protocole autant que les aliments mis en avant.
| Groupe d’aliments | Place dans le modèle |
|---|---|
| Légumes, fruits, herbes aromatiques | À presque tous les repas, variés et de saison |
| Céréales complètes et pain | Base quotidienne des repas |
| Légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots) | Plusieurs fois par semaine |
| Huile d’olive | Principale matière grasse, en cuisson comme en assaisonnement |
| Noix, amandes, graines | Une petite poignée régulièrement |
| Poisson et fruits de mer | Plusieurs fois par semaine |
| Yaourts et fromages | Quantités modérées |
| Viande rouge et charcuterie | Occasionnellement, en petites portions |
| Pâtisseries et boissons sucrées | Rarement |
Le modèle ne se résume pas à une liste d’aliments. Dans les populations étudiées à l’origine, il s’inscrivait aussi dans des repas partagés, une activité physique quotidienne et une cuisine faite maison. Ces éléments sont difficiles à isoler dans les études, mais ils rappellent qu’un aliment « méditerranéen » ajouté à une alimentation inchangée ne reproduit pas l’intervention testée.
Comment l’adopter sans tout changer ?
Adapter ce cadre aux préférences et aux ressources rend les changements plus durables. Les quantités et la diversité restent importantes. La consommation d’alcool n’est pas une condition nécessaire pour adopter ce modèle et ne doit pas être commencée pour rechercher un effet protecteur.
- Cuisiner et assaisonner avec de l’huile d’olive plutôt qu’avec du beurre.
- Faire des légumineuses un plat principal plusieurs fois par semaine.
- Garder fruits et noix à portée de main pour les collations.
- Composer l’assiette autour des légumes et des céréales complètes, la viande devenant un accompagnement.
- Réserver viande rouge, charcuterie et desserts sucrés à quelques repas.
Ces changements progressifs sont plus faciles à maintenir qu’une rupture brutale, et ce sont les habitudes durables qui ont été associées aux bénéfices observés.
Questions fréquentes
Qui était Ancel Keys ?
Un physiologiste américain de l’université du Minnesota, à l’origine de l’étude des Sept Pays lancée à la fin des années 1950. Ses travaux ont mis en évidence des écarts de maladies coronariennes entre populations, associés à l’alimentation, et ont fait connaître le régime méditerranéen.
Le régime méditerranéen fait-il maigrir ?
Ce n’est pas un régime amaigrissant au sens strict : dans les essais, son intérêt porte surtout sur le risque cardiovasculaire. La perte de poids dépend de l’apport énergétique total, même avec des aliments de qualité.
Faut-il boire du vin pour suivre ce régime ?
Non. L’alcool n’est pas nécessaire et il ne faut pas commencer à boire pour rechercher un effet protecteur ; ses risques pour la santé sont bien établis.
Ajouter de l’huile d’olive suffit-il ?
Non. Dans PREDIMED, l’huile d’olive ou les noix s’ajoutaient à un changement global de l’alimentation, accompagné de séances d’éducation nutritionnelle. L’effet observé concerne le modèle entier.
Sources & pour aller plus loin
Publications scientifiques et ressources institutionnelles. Les limites et l’interprétation sont discutées dans le texte.
- Estruch et al., 2018 — Essai PREDIMED réanalysé ↗
- Menotti & Puddu, 2015 — L’étude des Sept Pays et le régime méditerranéen ↗
- Delgado-Lista et al., 2022 — Essai CORDIOPREV (Lancet) ↗
Références examinées pour cette mise à jour : 28 septembre 2026.



