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Sucre ou graisses : l’histoire d’un faux duel nutritionnel

Aucun nutriment ne résume la qualité d’une alimentation. Le type de graisse, la forme des glucides et les aliments qui les remplacent comptent davantage qu’un duel entre deux catégories.

Illustration éditoriale — Sucre ou graisses
Illustration issue des archives du journal. Visuel d’évocation ; ne constitue ni une observation clinique ni une preuve de résultat.

L’essentiel

Opposer sucre et graisses est trompeur : la qualité des aliments compte plus que la catégorie. L’OMS recommande de limiter les sucres libres et les graisses saturées, et de privilégier les graisses insaturées. Réduire les graisses saturées diminue les événements cardiovasculaires, à condition de les remplacer par de meilleures graisses plutôt que par des produits sucrés raffinés.

Aux origines du duel : Keys contre Yudkin

Dans les années 1950 à 1970, deux hypothèses se sont affrontées pour expliquer la hausse des maladies coronariennes. Le physiologiste américain Ancel Keys incriminait surtout les graisses saturées et le cholestérol ; le Britannique John Yudkin mettait en cause le sucre. L’histoire de Keys et de l’étude des Sept Pays est racontée dans notre dossier sur le régime méditerranéen.

Ce débat a été en partie faussé par l’industrie. Des documents internes analysés en 2016 montrent que la Sugar Research Foundation a financé en 1965 une revue de la littérature, publiée dans le New England Journal of Medicine, qui désignait les graisses et le cholestérol comme les causes alimentaires de la maladie coronarienne et minimisait le rôle du sucre ; ce financement n’avait pas été déclaré[2].

Les lipides participent aux membranes et aux apports énergétiques ; les glucides comprennent notamment les sucres et l’amidon. Une céréale complète et une boisson sucrée ne sont donc pas interchangeables. De même, regrouper toutes les matières grasses masque des différences importantes entre leurs compositions et leurs usages.

Ce que disent les recommandations actuelles

L’OMS recommande de limiter les sucres libres et les graisses saturées, et de privilégier les graisses insaturées. Ce cadre ne désigne pas un coupable unique. Une étude de remplacement doit préciser ce qui prend la place de l’aliment retiré : diminuer une graisse pour augmenter des produits raffinés n’est pas la même intervention que diversifier son alimentation.

NutrimentRepère de l’OMSExemples
Sucres libresMoins de 10 % de l’énergie, idéalement moins de 5 %Sucre ajouté, miel, sirops, jus de fruits
Graisses saturéesMoins de 10 % de l’énergieBeurre, viandes grasses, huiles de palme et de coco
Graisses transMoins de 1 % de l’énergieGraisses partiellement hydrogénées
Graisses insaturéesÀ privilégierHuiles d’olive et de colza, noix, poissons

Ces repères figurent dans la fiche de l’OMS sur l’alimentation saine[1]. Les différentes catégories de sucres sont détaillées dans notre dossier sur les sucres ajoutés et sucres libres.

Tout dépend de ce qui remplace quoi

Une revue Cochrane de 2020 a rassemblé 15 essais randomisés et plus de 56 000 participants. Réduire les graisses saturées pendant au moins deux ans a diminué de 17 % le risque d’événements cardiovasculaires combinés, d’autant plus que la baisse du cholestérol était importante, sans effet net sur la mortalité totale[3].

L’effet dépend de ce qui prend la place des graisses retirées. Remplacer du beurre par de l’huile d’olive ou de colza n’a pas le même sens que remplacer des graisses par des biscuits « allégés » riches en sucre et en farine raffinée. C’est pourquoi les recommandations parlent désormais d’aliments et de modèles alimentaires plutôt que de nutriments isolés.

En pratique

Comparer les habitudes sur plusieurs repas est plus instructif que classer chaque aliment comme bon ou mauvais. Lire la liste d’ingrédients aide à repérer les sucres ajoutés ; les fibres et la densité nutritionnelle apportent d’autres informations. Aucun aliment, y compris une huile végétale, ne devient pour autant à consommer sans limite.

  • Privilégier les huiles végétales riches en graisses insaturées, les noix et les poissons.
  • Limiter les boissons sucrées, principale source de sucres libres pour beaucoup de personnes.
  • Choisir des céréales complètes plutôt que raffinées.
  • Se méfier des produits « allégés », qui compensent souvent par autre chose.

Questions fréquentes

Le sucre est-il pire que le gras ?

La question est mal posée : un soda et des lentilles contiennent des glucides, une huile d’olive et un beurre des graisses, avec des effets très différents. Limiter les sucres libres et les graisses saturées, et privilégier les graisses insaturées, résume les recommandations actuelles.

Qui était John Yudkin ?

Un nutritionniste britannique qui, dans les années 1960 et 1970, a soutenu que le sucre jouait un rôle majeur dans les maladies cardiovasculaires, face à l’hypothèse centrée sur les graisses défendue notamment par Ancel Keys.

Les graisses saturées sont-elles dangereuses ?

En excès, elles augmentent le LDL-cholestérol. Les réduire au profit de graisses insaturées diminue le risque cardiovasculaire, d’après les essais randomisés.

Sources & pour aller plus loin

Publications scientifiques et ressources institutionnelles. Les limites et l’interprétation sont discutées dans le texte.

  1. OMS — Une alimentation saine ↗
  2. Kearns, Schmidt & Glantz, 2016 — Industrie sucrière et recherche cardiovasculaire ↗
  3. Hooper et al., 2020 — Réduction des graisses saturées et maladies cardiovasculaires (Cochrane) ↗

Références examinées pour cette mise à jour : 28 septembre 2026.

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