L’essentiel
Retrouvez la question annoncée, la marge justifiée, l’intervalle entier et les personnes analysées. Les trois laboratoires utilisent des exemples fictifs. Ils ne choisissent ni une marge clinique, ni un traitement et ne certifient aucune publication.
Qu’est-ce qu’un essai de non-infériorité cherche à montrer ?
Un essai de non-infériorité cherche à exclure une perte d’efficacité jugée trop grande par rapport à une intervention de référence. Il ne cherche pas à établir une égalité parfaite. La différence acceptable est annoncée avant les résultats : c’est la marge de non-infériorité[1].
Le mot « inférieur » concerne ici un résultat défini, dans une population et pendant une durée données. Une conclusion favorable sur ce résultat ne rend pas deux traitements interchangeables pour toutes les personnes. Elle ne démontre pas davantage une meilleure tolérance : celle-ci doit être mesurée séparément.
Pour vous orienter, commencez par la question de l’étude. Le tableau distingue trois objectifs statistiques ; il ne décide pas quelle intervention choisir. La présentation de Lesaffre compare ces trois familles et explique pourquoi l’absence de différence statistique ne démontre pas l’équivalence[8].
| Question annoncée | Ce que l’analyse cherche | Raccourci à éviter |
|---|---|---|
| Supériorité | Une différence dans le sens annoncé | « Un petit p prouve une grande utilité » |
| Non-infériorité | Exclure une perte au-delà d’une marge | « Les deux interventions sont identiques » |
| Équivalence | Rester dans des limites définies des deux côtés | « Aucun écart ne peut exister » |
Pourquoi étudier une intervention qui ne serait pas plus efficace ?
Une administration moins contraignante ou une meilleure tolérance peuvent justifier cette question, si l’efficacité reste suffisante. Ces avantages sont des hypothèses à examiner, pas des bénéfices acquis dès le choix du protocole. Un traitement de référence efficace peut aussi rendre une comparaison avec placebo inadaptée dans certaines situations[10].
Cette lecture s’adresse à la personne qui découvre une annonce de recherche. Elle aide à demander « comparé à quoi, sur quel résultat ? ». Elle ne sert pas à raccourcir une prescription ou à transposer une durée citée dans une ancienne étude à son propre traitement.
Le nombre de participants dépend du critère, de la marge et des hypothèses du calcul. Il n’existe pas de minimum universel que l’on pourrait appliquer à toutes ces études. Fleming discute notamment les exigences de conduite et les limites de ce type d’essai ; une grande taille ne remplace pas un bon comparateur[6]. Le dossier sur l’étude pilote explique une autre question, celle de la faisabilité avant un essai plus large.

Quelle différence avec un essai d’équivalence ?
La non-infériorité se concentre sur la perte que l’on veut exclure dans un sens. L’équivalence examine des limites des deux côtés. Le signe de ces limites dépend de la façon dont la mesure est définie : ne mémorisez pas seulement une position à gauche ou à droite du graphique[7].
Un résultat favorable en non-infériorité peut encore laisser une différence en faveur de la référence. Il peut même, dans certaines configurations, être accompagné d’une différence statistiquement défavorable au nouveau traitement. Cela paraît paradoxal seulement si l’on confond « perte inférieure à la marge » et « absence de perte »[11].
L’égalité exacte n’est pas l’objectif d’une telle démonstration. Gardez ensemble le nom du critère, son unité, le sens du mieux et la question annoncée. Notre glossaire scientifique permet de retrouver les termes sans transformer leur définition en verdict sur une publication.
Comment lire la marge de non-infériorité ?
La marge est la perte maximale que le plan d’analyse cherche à écarter. Sa justification doit combiner des arguments cliniques et statistiques, en tenant compte de ce que l’on sait de l’intervention de référence. La choisir après avoir regardé les résultats peut fabriquer une conclusion avantageuse[2].
Demandez si elle est exprimée en points de pourcentage, en différence sur une échelle ou sous forme de rapport. Ces écritures ne se remplacent pas sans hypothèses supplémentaires. Une limite portant sur une durée ne devient pas un pourcentage d’amélioration personnelle. Le guide sur le risque absolu et relatif revient sur cette distinction entre mesures.
Le problème est concret : dans leur audit de 2006 portant sur 162 comptes rendus, Le Henanff et ses collègues ont trouvé des marges souvent décrites, mais des justifications bien moins fréquentes[4]. Cet audit historique ne décrit pas toutes les études actuelles. Il explique pourquoi la présence du mot « marge » ne suffit pas : il faut aussi retrouver la raison du choix.
Quel sens donner à la différence et à l’axe du graphique ?
Commencez par nommer ce que l’on compte : une réussite souhaitée ou un événement défavorable. Retrouvez ensuite l’ordre de la soustraction. « Nouveau moins référence » et « référence moins nouveau » donnent des signes opposés pour les mêmes données.
Le premier laboratoire conserve un exemple fictif et inverse seulement sa présentation. Les événements défavorables y sont exactement les compléments des réussites de l’exercice. Cette simplification est annoncée ; elle ne vaut pas pour tous les critères d’une étude. Le but est de retrouver le sens de la perte avant de regarder une borne.
Un intervalle de confiance concerne l’estimation obtenue avec une méthode et ses hypothèses. Il n’englobe pas automatiquement les résultats de chaque personne. Le dossier sur l’intervalle de confiance à 95 % précise cette différence et la signification du niveau de couverture.

Quel signe raconte la même comparaison ?
L’exemple fixe des réussites fictives : 78 sur 100 pour le nouveau, 80 sur 100 pour la référence. Les échecs sont leurs compléments exacts. Aucun résultat clinique.
Le récapitulatif
| Événement et ordre | Écart calculé | Sens favorable au nouveau |
|---|---|---|
| Réussite ; nouveau − référence | -2 points | positif |
| Réussite ; référence − nouveau | 2 points | négatif |
| Échec ; nouveau − référence | 2 points | négatif |
| Échec ; référence − nouveau | -2 points | positif |
Quand l’intervalle permet-il de conclure à la non-infériorité ?
Dans notre exercice de réussite, l’écart est « nouveau moins référence ». La marge pédagogique est fixée à cinq points : la borne inférieure doit rester strictement au-dessus de la limite négative affichée. Atteindre cette limite ne l’exclut pas. Cette règle appartient au cadre de l’exemple ; une publication peut employer une autre mesure ou un autre plan.
Le deuxième laboratoire montre cinq configurations calculées par script. Il affiche séparément la lecture contre la marge et la lecture contre l’absence de différence. Aucun champ ne permet de déplacer la marge jusqu’à obtenir le résultat souhaité. L’outil ne calcule pas un intervalle clinique à partir de données de patients.
Les recommandations CONSORT demandent de présenter les estimations et leur incertitude en relation avec l’hypothèse de non-infériorité[2]. Une simple mention « étude positive » cache précisément les éléments nécessaires pour comprendre la conclusion. La revue de 2022 détaille pourquoi des résultats qualifiés de non inférieurs peuvent correspondre à des situations statistiques différentes[11].

Que montre l’intervalle face à deux repères ?
Les entrées décrivent seulement une fourchette fictive déjà calculée ailleurs. Le niveau et la méthode sont supposés adaptés à la question. Aucun calcul d’IC à partir de données de patients.
Marge pédagogique fixée avant les scénarios : perte de 5 points. Réussite souhaitée, différence « nouveau moins référence » ; limite −5.
Le récapitulatif
| Bornes en points | Contre la marge −5 | Contre zéro |
|---|---|---|
| -3 à 2 | Limite exclue | Zéro inclus |
| -5 à 2 | Limite non exclue dans le sens prévu | Zéro inclus |
| -9 à -6 | Limite non exclue dans le sens prévu | Différence défavorable |
| -4 à -1 | Limite exclue | Différence défavorable |
| 1 à 4 | Limite exclue | Différence favorable |
La borne doit exclure la limite dans le sens défini. Une borne qui atteint −5 ne l’exclut pas. L’atelier ne choisit ni marge clinique ni méthode statistique.
Peut-on transformer un résultat non significatif en non-infériorité ?
Un test de supériorité non significatif ne démontre pas la non-infériorité. Les hypothèses ne sont pas les mêmes, et une marge fixée pour une autre question manque souvent. Lire seulement la valeur p sans retrouver le test correspondant peut inverser le sens du résultat.
Une autre erreur consiste à annoncer une supériorité automatique parce que le résultat a aussi l’air favorable par rapport à zéro. Il faut examiner les analyses prévues, leur enchaînement et la maîtrise des erreurs statistiques. La première extension CONSORT consacrée à ces plans insistait déjà sur un compte rendu adapté à leur question[3].
La capsule de Pr Geek présente les marges et le sens des axes avec un exemple historique. Les durées de traitement qu’elle cite ne sont pas des conseils pour vous. Son raccourci oral donnant « 95 % de chances » à une valeur fixe dans l’intervalle ne correspond pas à l’interprétation fréquentiste expliquée ici. De même, aucune étiquette d’analyse ne garantit toujours une conclusion plus prudente.
Pourquoi le comparateur actif doit-il rester crédible ?
Deux interventions peuvent sembler proches parce que les conditions de l’essai ne permettent plus de distinguer une intervention efficace d’une intervention inefficace. C’est une difficulté majeure d’une comparaison sans placebo. L’efficacité antérieure de la référence doit rester pertinente pour la population, le suivi et le critère étudiés[1].
Le raisonnement porte donc aussi sur la conduite de l’étude : intervention effectivement reçue, mesures fiables, suivi et autres soins. Une ressemblance obtenue au prix d’observations insuffisantes n’a pas le même sens qu’une ressemblance établie dans un cadre informatif. Les recommandations FDA décrivent cette exigence de sensibilité de l’essai[12].
Cette question ne se résume pas à ajouter un groupe sans soin dans tous les cas. Le choix doit rester éthique et adapté au contexte. Notre dossier sur l’effet placebo et nocebo distingue déjà une évolution observée dans un groupe de l’effet attribuable à une intervention.
Que vérifier dans les analyses ITT, per protocole et les absences ?
Retrouvez l’effet recherché, les personnes analysées et les hypothèses sur les données absentes. L’intention de traiter et l’analyse per protocole n’estiment pas automatiquement la même question. Retirer des participants ne constitue pas une garantie universelle de prudence.
Un travail méthodologique de 2023, illustré par un essai sur la tuberculose, utilise le cadre des estimands pour expliciter les événements survenus pendant le suivi et les mesures manquantes[9]. Il propose des analyses alignées sur ces questions, avec leurs hypothèses. Ce n’est pas une méthode interchangeable à appliquer depuis un résumé.
La revue de Rehal et ses collègues, publiée en 2016, examinait 168 publications et relevait des comptes rendus et des pratiques hétérogènes[5]. L’exercice suivant conserve donc les renseignements retrouvés et les manques, sans produire une note de qualité. Un élément mentionné peut encore demander une discussion méthodologique.

Qu’ai-je retrouvé dans la publication ?
Une fiche sans score de qualité, certification ni décision clinique. Les renseignements non retrouvés restent inconnus.
Le récapitulatif
| Élément | Question |
|---|---|
| Question et critère | Quel résultat, chez qui, pendant combien de temps ? |
| Marge justifiée avant les résultats | Retrouver la mesure et les raisons du choix. |
| Référence et conditions de l’essai | Retrouver l’efficacité antérieure et sa pertinence ici. |
| Effet recherché et analyses | Lire les populations, les événements de suivi et les hypothèses. |
| Résultats manquants et sensibilité | Retrouver les absences et ce qui change avec les hypothèses. |
| Avantage annoncé et limites | Distinguer avantage espéré, avantage mesuré et inconnues. |
Cocher signifie uniquement « passage retrouvé ». Cela ne prouve pas que la méthode soit appropriée. Aucun envoi, cookie ou stockage automatique ; seul le clic de téléchargement crée votre fichier.
Comment reformuler la conclusion sans promettre une égalité ?
Une formulation fidèle nomme le critère, la population, la durée, la mesure, la marge et l’intervalle. Elle précise ensuite ce que les limites de l’étude laissent ouvert. « Non inférieur sur ce critère dans ce cadre » transmet davantage d’information que « tout aussi efficace » employé seul.
Séparez aussi l’avantage attendu de l’avantage démontré. Moins de contraintes, un coût plus bas ou une meilleure tolérance demandent leurs propres données. Un objectif séduisant n’est pas un résultat observé. La lecture des biais de publication aide à chercher les analyses et résultats absents d’un résumé favorable.
Pour prolonger l’exercice, ouvrez nos outils de statistiques descriptives : ils servent à décrire des nombres, sans valider un essai clinique. Le bon réflexe reste de conserver les inconnues plutôt que de compléter une publication avec ce que l’on espère y trouver.

Vrai ou faux : cinq idées reçues
Choisissez votre réponse, l’explication s’affiche aussitôt.
Non inférieur signifie exactement égal.
Voir la réponse
Faux. La conclusion porte sur une perte définie par rapport à une marge.
La marge doit être justifiée avant de lire les résultats.
Voir la réponse
Vrai. La déplacer après lecture peut fabriquer une conclusion.
Le signe de la différence suffit sans connaître son ordre.
Voir la réponse
Faux. Retrouvez l’événement et l’ordre de la comparaison.
Un test de supériorité non significatif prouve la non-infériorité.
Voir la réponse
Faux. Les hypothèses diffèrent et une marge préalable est nécessaire.
Un avantage attendu doit être distingué d’un avantage observé.
Voir la réponse
Vrai. Tolérance et contraintes demandent des données adaptées.
La marge a-t-elle été choisie après les résultats ?
Une marge présentée comme préalable doit être retrouvée dans un document établi avant l’examen des résultats concernés. Choisir ensuite une limite qui accueille l’intervalle observé ne constitue pas la même démarche. Le lecteur doit connaître la version du plan et les informations déjà disponibles.
Un changement n’est pas automatiquement une faute, mais il exige d’expliquer son moment, sa raison et ses conséquences. N’effacez pas la question initiale dans le récit final. Un résultat exploratoire peut suggérer un autre essai ; il ne remplace pas la justification préalable de sa marge.
| Situation | À retrouver | Portée ou limite |
|---|---|---|
| Marge dans le plan initial | Document, date et justification | Comparaison à la question annoncée |
| Marge modifiée | Version et motif du changement | Conséquences à discuter |
| Marge choisie après lecture | Chronologie rendue explicite | Nouvelle question, sans prédiction rétrospective |
Pour poursuivre cette lecture, le dossier sur les questions d’analyse apparues après les résultats propose des scénarios et une fiche locale.
Source de cet ajout : DeHaven, 2017 — Preregistration: A Plan, Not a Prison (Center for Open Science).
La crédibilité d’une comparaison dépend aussi de la mesure. Le guide sur les rôles réellement masqués dans un essai en double insu aide à séparer participant, soignant, évaluateur et analyste sans conclure à partir du label seul.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un essai de non-infériorité ?
Un essai qui cherche à exclure une perte supérieure à une marge définie avant les résultats, face à une référence. Il ne démontre pas une égalité parfaite.
Non-infériorité et équivalence sont-elles identiques ?
La première examine la perte dans un sens ; l’équivalence examine des limites des deux côtés. La mesure, les marges et le plan doivent être précisés.
Qui choisit la marge de non-infériorité ?
Elle est justifiée dans le protocole par des arguments cliniques et statistiques. Notre marge fictive de cinq points est pédagogique et ne choisit aucun seuil médical.
Que signifie un intervalle qui atteint la marge ?
Dans notre exercice, atteindre la limite ne l’exclut pas : la condition de non-infériorité n’est pas satisfaite. Une publication exige la lecture de sa mesure et de sa méthode.
Un résultat non significatif démontre-t-il la non-infériorité ?
Un test de supériorité non significatif ne la démontre pas. Il faut retrouver l’hypothèse de non-infériorité, sa marge préalable et l’incertitude correspondante.
Le per protocole est-il toujours plus prudent ?
Aucune étiquette ne garantit une analyse plus conservatrice. Il faut lire l’effet recherché, les exclusions, les données absentes et les analyses de sensibilité.
Sources & pour aller plus loin
Publications scientifiques et ressources institutionnelles. Les limites et l’interprétation sont discutées dans le texte.
- Schumi J et al., 2011 — Through the looking glass: understanding non-inferiority. ↗
- Piaggio G et al., 2012 — Reporting of noninferiority and equivalence randomized trials: extension of the CONSORT 2010 statement. ↗
- Piaggio G et al., 2006 — Reporting of noninferiority and equivalence randomized trials: an extension of the CONSORT statement. ↗
- Le Henanff A et al., 2006 — Quality of reporting of noninferiority and equivalence randomized trials. ↗
- Rehal S et al., 2016 — Non-inferiority trials: are they inferior? A systematic review of reporting in major medical journals. ↗
- Fleming TR. et al., 2008 — Current issues in non-inferiority trials. ↗
- Walker E et al., 2011 — Understanding equivalence and noninferiority testing. ↗
- Lesaffre E. et al., 2008 — Superiority, equivalence, and non-inferiority trials. ↗
- Rehal S et al., 2023 — Handling intercurrent events and missing data in non-inferiority trials using the estimand framework: A tuberculosis case study. ↗
- Hahn S. et al., 2012 — Understanding noninferiority trials. ↗
- Cuzick J et al., 2022 — Interpreting the results of noninferiority trials-a review. ↗
- FDA, novembre 2016 — Non-Inferiority Clinical Trials ↗
Références examinées pour cette mise à jour : 26 octobre 2026.



