Le journal du vivant & de la santéComprendre · Vérifier · Explorer
DécouvertesScientifiques
Biologie & longévité

Sénolytiques : éliminer les cellules sénescentes, où en sont les essais ?

La sénescence cellulaire attire l’attention des chercheurs. Éliminer certaines cellules dans un modèle expérimental n’établit pas un traitement anti-âge pour tous.

Illustration éditoriale — Sénolytiques
Illustration issue des archives du journal. Visuel d’évocation ; ne constitue ni une observation clinique ni une preuve de résultat.

L’essentiel

Les cellules sénescentes ont cessé de se diviser mais restent actives et sécrètent des signaux inflammatoires. Chez la souris, les éliminer retarde plusieurs troubles liés à l’âge. Les sénolytiques, comme l’association dasatinib-quercétine, ont été testés chez l’humain dans de petits essais ouverts : ils réduisent des marqueurs de sénescence, sans preuve de bénéfice anti-âge.

Qu’est-ce qu’une cellule sénescente ?

La sénescence cellulaire est un arrêt durable de la division. Une cellule y entre quand ses télomères deviennent trop courts, quand son ADN est trop endommagé ou quand un gène favorisant le cancer s’emballe. C’est d’abord un mécanisme de protection : il empêche des cellules abîmées de proliférer, et il participe aussi à la cicatrisation.

Ces cellules ne restent pourtant pas inertes. Elles libèrent un cocktail de molécules inflammatoires, de facteurs de croissance et d’enzymes, appelé sécrétome associé à la sénescence (SASP), qui peut perturber les tissus voisins. Elles s’accumulent dans plusieurs organes avec l’âge ; les médias les surnomment « cellules zombies ».

Des cellules sénescentes cessent de se diviser et peuvent modifier leur environnement. Elles interviennent dans des phénomènes différents, parfois utiles comme la réparation. Les sénolytiques cherchent à cibler certaines de ces cellules ; leur sélectivité et leurs effets dépendent des tissus et du contexte.

Ce que montrent les expériences chez la souris

En 2011, une équipe américaine a mis au point des souris dont les cellules exprimant le marqueur de sénescence p16Ink4a pouvaient être éliminées à la demande par un médicament. Chez ces animaux à vieillissement accéléré, supprimer ces cellules tout au long de la vie a retardé l’apparition de troubles liés à l’âge dans le tissu adipeux, les muscles et l’œil, et les éliminer tardivement a freiné la progression de troubles déjà installés[3].

Ces résultats ont montré que les cellules sénescentes participent causalement à certains troubles du vieillissement chez la souris. Ils ont lancé la recherche de molécules capables de les cibler : les sénolytiques.

Les sénolytiques testés chez l’humain

Le premier essai chez l’humain, publié en 2019, était une étude pilote ouverte, sans groupe témoin, menée chez 14 patients atteints de fibrose pulmonaire idiopathique. Ils ont reçu du dasatinib, un médicament anticancéreux, et de la quercétine, un flavonoïde, trois jours par semaine pendant trois semaines. Leurs performances physiques, comme la distance parcourue en six minutes de marche, se sont améliorées ; des effets indésirables respiratoires, cutanés et digestifs ont été fréquents, et un événement grave a été signalé[2].

Une autre étude pilote, chez neuf personnes atteintes d’une maladie rénale liée au diabète, a montré que trois jours de dasatinib et quercétine réduisaient, onze jours plus tard, le nombre de cellules sénescentes dans le tissu adipeux et la peau, ainsi que certains facteurs inflammatoires circulants[1].

Des essais humains précoces ont étudié des biomarqueurs dans des populations particulières. Ils ne démontrent pas que l’automédication prolonge la vie. La combinaison de produits étudiée, les maladies des participants et les risques doivent être considérés séparément des résultats chez la souris.

D’autres molécules candidates, comme la fisétine ou le navitoclax, sont étudiées ; ce dernier a des effets indésirables sanguins importants. Des essais contrôlés plus larges sont nécessaires pour savoir si ces traitements apportent un bénéfice clinique durable, et chez qui.

Pourquoi ne pas en prendre soi-même

L’usage de médicaments ou de compléments à fortes doses pour imiter un protocole expérimental expose à des risques sans bénéfice établi. Les prochaines étapes demandent des essais contrôlés et des résultats cliniques. « Cellule zombie » est une métaphore médiatique, pas une catégorie qu’on peut cibler soi-même.

Le dasatinib est un médicament anticancéreux sur ordonnance, aux effets indésirables sérieux. La quercétine et la fisétine sont vendues en compléments, mais les doses et les schémas des essais ne correspondent pas à un usage quotidien, et leur effet sénolytique chez l’humain n’est pas établi. Éliminer des cellules sénescentes n’est pas anodin non plus, puisqu’elles participent à la réparation des tissus.

La sénescence est l’un des mécanismes présentés dans notre dossier sur les douze hallmarks du vieillissement, et elle alimente l’inflammaging.

Questions fréquentes

Que sont les cellules sénescentes ?

Des cellules qui ont définitivement cessé de se diviser, souvent après des dommages, mais qui restent actives et sécrètent des molécules inflammatoires. Elles s’accumulent avec l’âge dans plusieurs tissus.

Les sénolytiques prolongent-ils la vie ?

Chez la souris, éliminer les cellules sénescentes retarde plusieurs troubles liés à l’âge. Chez l’humain, seuls de petits essais exploratoires existent : aucun ne montre d’allongement de la vie ni de bénéfice anti-âge général.

La quercétine est-elle un sénolytique ?

Elle a été utilisée en association avec le dasatinib dans les premiers essais. Prise seule en complément, son effet sénolytique chez l’humain n’est pas démontré.

Sources & pour aller plus loin

Publications scientifiques et ressources institutionnelles. Les limites et l’interprétation sont discutées dans le texte.

  1. Hickson et al., 2019 — Premier essai humain exploratoire ↗
  2. Justice et al., 2019 — Sénolytiques dans la fibrose pulmonaire idiopathique (étude pilote) ↗
  3. Baker et al., 2011 — Élimination des cellules sénescentes chez la souris (Nature) ↗

Références examinées pour cette mise à jour : 28 septembre 2026.

↑ Revenir au début
Le fil continue

À lire en complément

Dans cette rubrique ↗